lundi 3 février 2014

Le Monde titre sur "Le travail en temps partagé séduit les cadres"


LE MONDE | 02.02.2014 à 19h15 |
Par Elodie Chermann

Afin de garantir leur activité et leurs revenus, deux millions de personnes, souvent expérimentées, ont fait le choix d'avoir plusieurs employeurs. 

Un jour, Simon Thomson, 45 ans, fait la promotion de produits d'automédication délivrés sans ordonnance pour le compte d'un laboratoire pharmaceutique. Le lendemain, il cherche des importateurs pour commercialiser des chocolats fabriqués à Andilly (Val-d'Oise).
Le surlendemain, il défend les couleurs de sa propre marque de spiritueux sur un Salon professionnel. Comme deux millions de salariés en France, il a fait le choix du travail en temps partagé.

Inaugurée au XIXe siècle, dans le milieu agricole, cette relation contractuelle sur mesure offre à des salariés la possibilité de mettre leur temps, leurs compétences et leur expérience au service de plusieurs entreprises et activités.

Souvent subie par les personnels peu qualifiés, la formule a, en revanche, de plus en plus la cote auprès des cadres expérimentés.

« Parmi mes collègues seniors, beaucoup vivent assez mal le passage à la cinquantaine », constate M. Thomson. « Non seulement ils voient les opportunités professionnelles se raréfier mais, en plus, ils se sentent souvent en décalage avec la culture de leur entreprise », précise-t-il.

« ON GAGNE EN AUTONOMIE ET ON SÉCURISE SON EMPLOI »

Le travail en temps partagé peut alors se révéler être une bonne solution. « Quel que soit le cadre juridique choisi – le portage salarial, le groupement d'employeurs ou le multisalariat –, on gagne en autonomie, on diversifie son expérience et on sécurise son emploi », explique de son côté Marie-Carmen Wartski, secrétaire générale de l'association Cadres de direction multi-employeurs (CDM-E), active dans toute l'Ile-de-France.

C'est un argument de poids en ces temps de crise. D'après les chiffres de l'observatoire de l'emploi et de l'investissement de Trendeo, qui ont été publiés le 27 janvier, 119 952 postes auraient été supprimés en 2013.

« Aujourd'hui, le contrat à durée indéterminée , et à temps plein, n'est plus un rempart absolu contre le chômage », observe Cécile Bachelot, 56 ans, chargée de communication, en temps partagé, au sein des sociétés Senso Telecom et Quick Spot.

Cette ancienne graphiste, formée à l'Ecole supérieure des arts et industries graphiques (Esaig) – l'Ecole Estienne, à Paris –, sait de quoi elle parle. En l'espace de sept années, elle a connu une cessation d'activité, deux licenciements et huit mois de chômage… « La pluri-activité m'a aidé, non seulement à me remettre en selle, mais aussi à mieux répartir les risques », explique-t-elle encore.

SOLUTION ÉCONOMIQUE POUR LES PME

Les petits chefs d'entreprise, eux aussi, semblent y trouver leur compte.

Président-fondateur de la société Testoon SAS, spécialisée dans la distribution d'appareils de mesure pour les professionnels, Jean-Michel Catherin a pu embaucher une directrice des ressources humaines expérimentée, à raison… d'un jour par semaine.

Et notre entrepreneur ne regrette pas son choix. Sa nouvelle collaboratrice a aussitôt supervisé les entretiens de recrutement et elle a pu mettre en place des plans de formation pour l'ensemble des dix-sept salariés de la société.

« Avec ce système, les petites et moyennes entreprises peuvent s'offrir les services de personnes hautement qualifiées au juste temps et au juste coût », note Gérard Thiry, auteur du « kit pratique » fourni par la Fédération nationale des associations du travail en temps partagé (FNATTP). Pour les PME, cet apport de compétences est crucial.

« La seule façon pour une entreprise de se démarquer de la concurrence, c'est la qualité de ses équipes », pointe Frédéric Lescure, PDG de Socomore, une société qui fabrique des produits de traitement de surface pour l'aéronautique.

Désireux de gagner en compétences, ce Vannetais a fait le pari, en 1998, de rejoindre le groupement d'employeurs Vénétis, qui promeut les CDI en temps partagé. Depuis, son effectif est passé de 27 à 160 salariés et son chiffre d'affaires de 3 millions à 40 millions d'euros.

« Le travail en temps partagé n'a cependant pas vocation à devenir l'arme ultime contre le chômage », tempère M. Thiry. « D'abord parce qu'il requiert un sens de l'organisation et une bonne faculté d'adaptation, qui sont des qualités rares. Ensuite, parce qu'il se heurte à une législation et à un système de protection sociale centrés sur le monosalariat », précise-t-il. La réforme du temps partiel, qui interdira, à partir du mois de juillet, de signer de nouveaux contrats de travail de moins de 24 heures hebdomadaires, en atteste.

Mais cette nouvelle relation contractuelle trace son sillon. En septembre 2013, l'université de Bretagne-Sud, basée à Vannes (Morbihan), a ouvert un master 2 en management des ressources humaines avec une spécialisation « temps partagé » ; une première en France.

Son objectif ? Former les étudiants au recrutement de salariés en temps partagé et les inciter à travailler, eux-mêmes, sous ce régime. Une façon, aussi, de retenir ces futurs diplômés sur le territoire.

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